Les trois aqueducs

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Le village, écrit Robert Clusan dans Arcueil Seine (éd. Erpé-Actuapress), se crée autour des travailleurs libres ou esclaves qui construisirent l’aqueduc, dont on ne sait s’il fut bâti au IIème ou au IIIème siècle après JC.

L’aqueduc qui donne son nom à la ville est constitué de trois édifices successifs : l'aqueduc gallo-romain, le Médicis (partie basse et claire en pierre de taille) et la Vanne (partie haute en meulière). Tous trois doivent leur emplacement à une situation géographique particulière : ils sont construits au point le plus étroit de la vallée de la Bièvre, là où la pente et la plus forte, sur la ligne de pente provenant du plateau de Rungis, riche en sources, et conduisant au sud de Paris.

L’aqueduc gallo-romain

Le développement de Lutèce, capitale des Parisii, durant la période gallo-romaine pose le problème de son alimentation en eau potable, la rive gauche de la Seine comportant peu de puits. A la fin du IIème siècle après JC, les ingénieurs romains imaginent une solution consistant à capter des sources situées sur le plateau de Longboyau, près de Wissous. L’eau sera acheminée vers le centre de Lutèce par un aqueduc de près de 15km, qui aboutira à proximité des thermes de Cluny, que l’on bâtit à la même époque.

L’aqueduc est construit à la fin du IIème siècle ou au début du IIIème. Sur l’essentiel de son parcours, il est formé d’un canal peu profond (environ 50cm), recouvert de dalles et enterré, suivant une pente régulière de 45 cm par kilomètre. Sa seule portion visible se trouve entre les futures Arcueil et Cachan, où il franchit la vallée de la Bièvre d’est en ouest en son point le plus étroit. L’emplacement sera aussi choisi pour les projets ultérieurs. La galerie souterraine longe ensuite le versant ouest de la vallée, traverse Arcueil, Gentilly, contourne la butte Montsouris et se dirige vers Paris par la rue de la Tombe-Issoire. Elle aboutit vraisemblablement à proximité des thermes, entre la rue des Ecoles et le boulevard Saint-Germain.

A la chute de l’empire romain, l’aqueduc n’est plus entretenu, et il a entièrement cessé de fonctionner au VIème siècle.

Un tracé mal connu

Des tronçons, progressivement redécouverts jusqu’au début du 20ème siècle, ont permis de reconstituer son parcours. Il passe sous l'avenue Laplace, à peu près au niveau de l'agence de la Banque Populaire ou de l'agence immobilière Orpi. Des portions ont également été trouvées dans le parc Paul Vaillant-Couturier (voir plus bas) et dans le bas de la rue Berthollet, près de son intersection avec la rue Marius Sidobre. A ce dernier emplacement, le Laboratoire départemental d'archéologie a pu constater en 1985 que l'aqueduc avait été intégré à l'architectures de caves datant du 17e/18e siècle.

Il ne reste aujourd’hui de ce premier pont-aqueduc d’Arcueil que deux colonnes, collées à l’aqueduc Médicis et visibles depuis l’avenue de la Convention (côté Cachan, contre le château).

Sépultures du Haut Moyen-âge

Autour de 1930, deux sépultures ont été découvertes, directement installées dans la cunette de l'aqueduc, au niveau de l'actuel parc Paul Vaillant-Couturier. Le Laboratoire départemental d'Archéologie a estimé qu'elles avaient été aménagées avant l'an Mil, alors que le cimetière n'existait pas encore.

Le Médicis

A la fin du 16ème siècle, l’eau est toujours un problème dans le sud de Paris. Des études sont menées par Sully sous le règne d’Henri IV pour restaurer l’aqueduc romain, ce qui s’avère impossible. Après l’assassinat du roi par Ravaillac en 1610, sa veuve Marie de Médicis devient régente au nom de leur fils, le futur Louis XIII. Elle s’intéresse à la création d’un nouvel aqueduc, qui permettra d’alimenter des fontaines publiques sur la rive gauche, mais surtout le palais du Luxembourg, en construction.

Un nouveau tracé, très voisin de celui dessiné par les romains, est établi par l’architecte Salomon de Brosse (ce point est cependant contesté, le plan de l’aqueduc pouvant avoir été établi par l’architecte Thomas Francini ; lire en particulier Arcueil, rues d’hier et d’aujourd’hui de Robert Touchet, ed. centre culturel communal Erik Satie, page 96.). Il débutera cette fois-ci par un « carré des eaux » situé à Rungis (sous l’actuel stade), où aboutiront des galeries en provenance d’Orly et de Morangis. Le marché de construction est attribué à un maître maçon, Jean Coingt, pour 460.000 livres. Le financement en est assuré par une taxe sur les vins qui entrent dans la ville… Le 17 juillet 1613, la première pierre est posée à Rungis par Louis XIII (âgé de 12 ans), qui s’arrête au château d’Arcueil-Cachan sur le trajet du retour. Jean Coingt meurt en 1614 et son gendre, Jean Gobelin, le remplace. Le chantier dure dix ans au lieu des trois prévus, et la dépense s’élève finalement à 850.000 livres.

L’aqueduc est constitué d’une galerie d’un mètre de large sur 1,80 mètre de haut, bordée de petits trottoirs où il est possible de marcher. Vingt-sept « regards » sont installés tous les 500 mètres pour permettre l’aération et l’entretien. Le pont-aqueduc en pierre de taille, qui franchit la vallée au même endroit que son précurseur romain, mesure 379 mètres de long pour 24 mètres de haut. Il comprend 25 arcades, dont 9 ajourées. L’eau circule au sommet du pont, dans une galerie garnie de fenêtres que des volets en bois permettent de fermer par grand froid. L’aqueduc oblique ensuite vers le nord. Entre Denfert et le Port-Royal, il arrive au château d’eau de l’Observatoire (« maison du Fontainier ») où se trouvent à partir de 1623 un bassin et des conduits permettant de répartir l’eau, notamment entre la « conduite du Roi » (palais du Luxembourg), la « conduite de la ville » (fontaines publiques) et la « conduite de l’entrepreneur » qui revend au détail à de riches propriétaires.
Il alimente le palais du Luxembourg et ses jeux d’eau, une douzaine de fontaines publiques de la rive gauche (à partir de 1628), auxquels s’ajoutent des usagers payant une rente et des détournements sauvages. Après 1643, le jeune Louis IV s’installe au Palais-Royal et l’aqueduc franchit également la Seine, engendrant deux fontaines supplémentaires sur la rive droite.


Regard n°14 du Médicis, rue J. Desbrosses, entre deux piliers de l'aqueduc de la Vanne

Mais les ponctions diverses, légales ou non, réduisent vite le débit. Pour l’augmenter, d’autres sources sont captées en 1651 autour de Rungis. En 1671, une source située sur les coteaux de Cachan est cédée par les moines de Saint-Germain et rejoint le conduit au regard de la « fontaine couverte ».


Regard n°15, dans le parc Vaillant-Couturier, près du bac à sable

Des défauts d’entretien sont rapportés à la fin du 18ème siècle. Des végétaux envahissent le pont-aqueduc et les habitants commencent à construire des maisons sous les arcades. Au début du 19ème siècle, d’autres approvisionnements en eau sont trouvés pour Paris. L’aqueduc est coupé dans le quatorzième arrondissement au milieu du siècle lors des travaux d’Haussmann. En 1874, l’aqueduc de la Vanne, avec ses 20.000 m3 quotidiens, rend dérisoires les 960 m3 du Médicis. Après plusieurs destinations, dont un déversement direct dans les égouts, le conduit se jette depuis 1904 dans le lac du parc Montsouris.


Regard n°17, villa G. Edouard

La portion de l’aqueduc Médicis située en banlieue est inscrite sur la liste complémentaire des monuments historiques. Les galeries parisiennes, désaffectées et menacées par différents travaux, ne sont pas classées. Elles provoquent depuis les années 80 des désaccords entre la ville de Paris et les défenseurs du patrimoine.

La Vanne / Le Belgrand

Le « baron » Haussmann, préfet de la Seine, restructure la capitale au milieu du 19ème siècle, sous le second empire. Il confie à un ingénieur des Ponts et Chaussées, Eugène Belgrand, la création d’un nouvel aqueduc pour alimenter Paris. Après plusieurs projets de l’ingénieur, Haussmann opte pour la captation de sources situées dans la vallée de la Vanne (Yonne) : sources de Bouillarde d'Armentières, du Bime de Cérilly, de Flacy, de Chigy, du Maroy, de Saint-Philibert, de Malhortie. Ces sources sont achetées par la ville de Paris et les travaux débutent en 1867. Interrompus en 1870-71 lors du siège de Paris par les nations alliées contre Napoléon III, puis durant le soulèvement de la Commune, ils s’achèvent en 1874.

Après l’Yonne, l’aqueduc d’une longueur totale de 156 km (dont 20km de drainage) traverse successivement les départements actuels de la Seine et Marne (aqueduc de Fontainebleau), de l’Essonne (Courcouronnes, Grigny, Savigny…) puis du Val-de-Marne où il emprunte, de Rungis à Gentilly, un trajet voisin de celui de l’aqueduc du 17ème siècle.

A Arcueil, les 77 arcades en meulière du nouveau pont (partie foncée) prennent appui sur celles, en pierre de taille, du Médicis (partie claire). Long de plus d’un kilomètre (1060m), l’édifice est haut de 14 mètres, ce qui porte l’ensemble à 38 mètres.

L’aqueduc de la Vanne oblique ensuite vers le nord-ouest à proximité de la gare RER Arcueil-Cachan, puis longe la nationale 20 jusqu’au carrefour de la Vache Noire, où l’un de ses regards est visible, côté Montrouge, à l’opposé du centre commercial. Il se dirige alors au nord-est à travers Gentilly et traverse la cité Universitaire. Il aboutit au réservoir de Montsouris, qui dessert les foyers parisiens. Il y déverse quotidiennement 130.000 m3 d’eau.

 

Commentaires

J'ai passé un très bon moment avec votre site qui est de grande qualité. Il m'a intéressé à double titre : je connais bien Arcueil, et depuis plusieurs décennies j'habite à Sens.

Bonjour, J'aimerai savoir si les illustrattions et autres photos sont libre de droit ? Si non, comment obtenir les droits de diffusions ? Il s'agirait d'en obtenir une pour illustrer les acqueducs aux 18 ou 19ème siècles.

Bonjour, Concernant les photos récentes, ce sont presque toujours des clichés que j'ai réalisés moi-même et que vous pouvez utiliser comme vous le souhaitez. Si vous en souhaitez un en particulier, je peux vous l'envoyer sans le nom du site en surimpression. En dehors de ces photos récentes, je ne possède pratiquement pas d'images. Les 300/350 images présentées sur ce site sont presque toutes issues de collections privées ou publiques (archives municipales, archives départementales...). A ma connaissance, le droit européen et français précise que les droits d'auteur dits "patrimoniaux", c'est à dire les droits de diffusion, expirent 70 ans après le décès de l'auteur. Dans le cas des estampes ou gravures du 18e/19e siècle, nous pouvons donc considérer qu'elles sont tombées dans le domaine public. Pour ce qui est des cartes postales du début du 20e siècle, elles sont aussi en train de devenir libres de droits. Je vous invite à en discuter avec leur propriétaire. Les illustrations anciennes des aqueducs présentées sur cette page proviennent en l'occurrence du site internet du Musée d'Ile-de-France (Château de Sceaux). Bien cordialement

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