La Vache Noire

Ce carrefour est situé sur la nationale 20, entre Arcueil, Montrouge et Bagneux. Il s'agit, à l'origine de la jonction entre la route d'Orléans (N20) et la voie médiévale de Paris à Orléans (actuelle avenue du président Nelson Mandela, à gauche).

Celle-ci passait en effet par les rues Saint-Jacques, du Faubourg Saint-Jacques et de la Tombe-Issoire, à l'époque où la limite de Paris se trouvait porte d'Enfer.

Le plan ci-contre, datant de 1688, est le plus ancien que nous connaissions (le nord est en bas). On note que l'avenue Max Dormoy existe déjà et que l'emplacement de la future auberge est occupé par des carrières.

L’origine du nom de « Vache noire »

De nombreuses hypothèses sont avancées. On évoque une ferme, l’enseigne d'une ancienne auberge, la proximité du marché aux bestiaux de Sceaux (créé par Colbert au 17e siècle et transféré à La Villette en 1867) ou une anecdote qui aurait vu une vache se coucher sur les voies de l’Arpajonnais. On a aussi écrit que la "Vache noire" était le surnom affectueux donné à la locomotive du tramway, noire, bombée et lente.

En réalité, nous savons maintenant qu’il s’agissait bien d’une auberge, attestée depuis le début du 19e siècle. L'appellation de « Vache noire » figure sur le cadastre de 1812 (ci-dessous, à droite), soit plus de 80 ans avant la construction de l'Arpajonnais et 35 ans avant la ligne de Sceaux. Il existe une possibilité pour qu’il s’agisse d’une mention manuscrite portée plus tard sur le document, mais l'appellation figure à nouveau sur un Atlas de 1859 (à gauche).

De plus, une « auberge de la Vache noire » située en bordure de la nationale 20 (« route royale n°20 ») est mentionnée dans une ordonnance royale de 1837, sous Louis-Philippe. L’acte en question porte d'ailleurs sur la création d’une nouvelle route « à la sortie d’Arcueil », et il s’agit peut-être de la future avenue Laplace, qui n'existe pas en 1812 mais qui existe en 1845.

Dans le magazine municipal de novembre 2010, Cécile Lizée, du service des Archives municipales, a apporté des précisions concernant les propriétaires de l’auberge : La matrice de rôle pour la contribution cadastrale et celle des portes et fenêtres de 1814-1845 (cote 3P 49) désigne la même année 1840, Monsieur Mevothon « propriétaire et usufruitier » des terres (parcelles numéro 38 et 39) à l’endroit de la Vache-Noire et Monsieur Richard, « cabaretier à la Vache Noire », « propriétaire et usufruitier » des terres (parcelle 38), d’une part, et du sol et d’une maison de deuxième classe (parcelle 39), d’autre part, à ce même endroit.

Notons que sur les plans de 1812 et de 1859, la mention ne désigne pas l'ensemble du carrefour, mais la bâtisse comprenant trois ailes et une cour, située du côté de la route d'Orléans / N20 qui appartient à Montrouge depuis 1875. Elle désigne en revanche tout le carrefour à partir du plan de 1901 (voir plus bas). C'est donc bien l’auberge qui a transmis son nom au carrefour.

Disparition de l'Auberge de la Vache noire

Il y avait toujours en 2011, à l’endroit indiqué, un bâtiment ancien ayant la même emprise. Il possédait un coin formant un angle caractéristique de 45°, exactement comme sur les plans du 19e siècle.

Derrière ce « Relais de la Vache noire », que l’on pouvait louer pour des mariages, se trouvait une cour que l’on imagine volontiers décorée de lampions. Le mur de pierre séparant cette cour de la rue d’Arcueil semblait particulièrement ancien.



J’ai photographié l’édifice en mai 2011, et suis revenu par la suite en espérant prendre contact avec le propriétaire. Mais en juin, il était rasé.

Est-il possible que ce relais ait été la guinguette d’origine, rénovée mais datant de plus de deux siècles ?

Développement du carrefour

Ce n'est qu'avec l'ouverture des avenues Laplace et Jaurès, dans les années 1840, que la Vache noire devient un véritable carrefour. L'aqueduc de la Vanne, construit dans les années 1870, passe le long de l'avenue Mandela (ligne foncée sur le plan de 1901 ci-contre) et continue sous la place. On peut voir l'un de ses regards côté Montrouge.

De 1894 à 1936, le tramway de Paris à Arpajon suit la route d’Orléans en faisant halte à la Vache Noire et à la Croix d’Arcueil. A la Vache Noire, il charge chaque nuit deux wagons de légumes produits autour du carrefour, qui lui valent le surnom de « train des haricots ». Il sera plus tard remplacé par un bus.

La vinaigrerie Agobet et Cie

En 1880, une fabrique de vinaigre, moutarde et conserves est fondée à l’angle de l’avenue Laplace et de la N20 par MM. Agobet, Brissaut et Ménégault. Ce dernier rachète en 1893 les participations des autres associés. Fernand Bournon rapporte que la vinaigrerie occupe, en 1901, dix ouvriers sur 1300 m².

Après la guerre de 1914, c’est la famille Huchet qui reprend l’activité. La vinaigrerie continue à fonctionner jusque dans les années soixante, et les bâtiments, frappés d’élargissement, abritent diverses activités jusqu’à leur démolition totale en 1996.

En 1900, M. Ménégault avait également fait construire la maison qui se trouve toujours en face, devant l’accès principal du nouveau centre Cial de la Vache noire. Après son décès, en 1925, la maison est occupée par son gendre le docteur Soulas, médecin à Arcueil. L’épouse en seconde noce de celui était sage-femme et a pratiqué à Arcueil ne nombreux accouchements à domicile. La maison abrite aujourd’hui une étude de notaire.

Remerciements à M. Daniel Soulas, petit fils de M. Ménégault, pour ces informations.

La maison d'un étage et le bureau d'octroi situés à l'angle sont également visibles sur la carte postale ci-dessous, à droite.

En face des établissements Agobet se trouve l'école Laplace, où Louis Pergaud, connu pour son livre "La guerre des boutons", fut instituteur durant environ six mois.

La galerie de la Vache noire

Au 18e siècle, des contrebandiers utilisaient déjà des galeries partant de Bagneux et suivant à peu près le trajet de la N20 pour faire passer de l’alcool sous l’octroi de la porte d’Enfer. Lors de la construction de l’aqueduc de la Vanne, une galerie dite « de confortation », c'est-à-dire permettant d’inspecter et de combler le reste du réseau souterrain, est établie le long de la canalisation. Elle est elle aussi utilisée par les contrebandiers à la fin du 19e siècle, et reste aujourd’hui visitée par les passionnés de catacombes malgré les interdictions. Plusieurs ramifications s’en écartent sous le carrefour de la Vache noire, dont une conduisant au fort de Montrouge et une autre descendant parallèlement à l’avenue Laplace. Voir à ce sujet l'article Caves & souterrains.

« Gare de la Vache noire, terminus » ?

Dans les années 1920, il est déjà question de supprimer le tramway, que l’on accuse des embouteillages de la capitale. Pour desservir la population croissante de la petite couronne, on projette alors d’étendre à la proche banlieue le métro parisien. C’est ainsi qu’en juillet 1928, le Conseil Général de la Seine décide la prolongation d’une quinzaine de lignes. Parmi elles, la n°4, qui s’arrête porte d’Orléans, et qui ira jusqu’à la Vache noire après un coude passant sur le territoire de Montrouge. La construction de ces nombreuses extensions s’étale en fait sur des décennies, mais cinquante ans plus tard, toutes les lignes sont construites. Toutes, sauf une... Les travaux de prolongement de la ligne 4 débutent bien en 2008, mais c'est finalement Montrouge et Bagneux qui seront desservies.
Remerciements à monsieur Pierre-Yves Romé pour ces précieuses informations.

Restructuration du quartier

La cité HLM de la Vache Noire est érigée entre 1960 et 1963 à l’emplacement de la vinaigrerie Agobet. Elle comporte, à l’origine, 278 appartements (R.Touchet, Arcueil, rues d’hier et d’aujourd’hui). La barre principale a été démolie par un « grignotage » progressif en 2008-2009.

Le centre commercial de la Vache noire et le siège du groupe Orange se sont implantés récemment sur le carrefour, toujours en cours de restructuration en 2010.

CS

Commentaires

J'ajoute une petite contribution au mystère : il semble qu'il ait existé vingt ans avant le plan de 1812, durant la Révolution, une autre auberge de la Vache noire située rue Saint Jacques, à la sortie de Paris, soit probablement à proximité de la place Denfert-Rochereau. Ainsi, si celle d'Arcueil existait déjà, un voyageur partant vers la province par l'ancienne route d'Orléans passait successivement devant deux enseignes identiques : l'une à la limite des faubourgs, et l'autre, une sorte de relais, à environ 3,5 km, en pleine campagne si l'on en juge par les plans d'époque. Faut-il en déduire une relation entre les deux établissements ?

bonsoir, je suis enseignante dans un collège de Bagneux et je vais bientôt proposer à mes élèves, avec l'étude du roman "au bonheur des dames", une recherche-exposé sur les transformations du quartier de la Vache Noire et la création du centre commercial, à l'image de ce que décrit Zola dans son roman. existe-t-il une exposition sur les documents que vous présentez sur cette page, ou bien un prêt et une intervention en classe (bénévolement hélas) sur l'histoire et l'évolution de ce quartier? j'en demande beaucoup! merci de votre attention, et toute mon admiration pour le travail de recherche et de conservation que vous accomplissez!

Bonjour et merci de votre message. Je travaille à temps plein et il m'est impossible de venir effectuer des interventions. En revanche je peux vous fournir des plans ou des clichés correspondant au sujet. Je vous invite à me contacter à l'adresse suivante ou à me laisser vos coordonnées afin que nous puissions déterminer ce qui vous intéresse : 

Bien cordialement

Beaucoup d'émotion à revoir ces anciennes photos de cer quartier où j'ai vécu un an avec mes parents vers 1938 chez ma grand mère Mme veuve Hélène ROUSSET dans une maison contigüe à l'école primaire que j'ai fréquentée quelques mois. Ma grand mère était ouvrière à la vinaigrerie Agobet où elle remplissait les verres de moutarde. Je me souviens encore de la forme très particulière de ces verres de couleur rosée.

bonjour, je vous avais contacté pour l'adresse de la maison à colonne; là, je fais toute une série d articles sur Arcueil (sur mon blog : [url=http://www.visites-guidees.net]www.visites-guidees.net[/url] ) ; pour les besoins d'un article, j'ai "pris" une photo ancienne; j'ai vu qu'elles ne sont pas libres de droit, je suis allée sur le site, mais je n'ai pas trouvé comment faire pour trouver a photo qui m'intéressait ; si vous voulez que je retire la photo, je le ferai, bien évidemment; je m'inspire beaucoup de votre site très bien fait qui donne vraiment tous les renseignements utiles j'ai ainsi découvert des endroits que je ne connaissais pas à Arcueil; dans l'attente de votre réponse F Allard

Au vu de ces photos, comment ne pas évoquer les dimanches passés en famille dans l'enceinte de la chocolaterie FOUCHER, située au début de l'actuelle avenue du Président Salvador Allendé, et tenue à l'époque par un cousin de mon père, Paul DEBARD que nous appelions "Cousin Paul". Nous étions "lachés", mon frère, ma soeur et moi à peine le repas de famille entammé. Direction l'usine, dont on nous confiait la clé, avec fortes recommandations de ne pas abuser du chocolat. Tu parles ! Nous plongions nos mains dans des cuves de chocolat liquide. Mon préféré était au café. Nous nous bourrions d'orangettes, de marrons glacés et de "crottes au chocolat". Et oui. C'est comme ça que l'on appelait ces chocolats pourtant extra. Sans doute un de ces mots bien immagés, comme "boueux" ou "dégraissage", employés au Chambon sur Lignon, dont nous étions originaires, pour désigner les éboueurs et le pressing.

C'était notre repas du dimanche. On ne mangeait que l'entrée et le désert. Puis, balade dans le potager où les deux dindons en liberté nous impressionnaient. Visite au poulailler. Puis à l'enclos aux garennes, sorte de grande cage en grillage, avec un socle en béton, pour éviter que ces lapins sauvages ne prennent le large en creusant leurs terriers. La fin du parcours se terminait comme il avait commencé, par l'immense cage grillagée située dans la cour d'entrée et ou logeaient les deux "gardiens de nuit" : Deux immenses Bergers beaucerons, appelés aussi "bas rouges". Ceux qui ont donné naissance à mon premier chien "Darc", et à mon amour pour ces bêtes à quatre pattes.

Puis l'usine fut fermée, vendue à Thomson devenu Thales et restructurée en site de fabrication électronique. Les bâtiments furent détruits pour laisser la place à l'actuel centre commercial. Toute une époque qui s'en est allée. Espérons pour nos enfants, que sa remplaçante soit aussi bonne que celle que l'on a connue jadis.

Merci de ce témoignage très complet et intéressant. Amicalement. C.S.

Bonjour,

Descendant de la famille Foucher, je suis avec mes frères un des dirigeants de la maison Foucher qui existe encore rue du Bac et avenue de l'Opéra. Le terrain d'Arcueil avait été acheté avant la guerre de 14 mais c'est mon grand père, ingénieur de l'Ecole Centrale, qui en a dessiné les plans vers 1924. Cette usine, trop grande a été louée à Thomson et Alcatel à partir de 1971 mais elle est resté la propriété de Foucher jusqu'en 1998, date à laquelle la société a subi de fortes pressions pour la céder dans le cadre du gigantesque projet immobilier que vous connaissez. Outre l'usine, Foucher était propriétaire d'une petite maison du XVIII eme, hélas disparue, au coin de la route d'Orléans. Dans la tradition familiale, c'était l'ancienne auberge de la vache noire.

Après la guerre, Foucher et les industriels voisins ont été menacés d'expropriation pour la création d'un grand campus universitaire (projet dit Capitant, du nom du ministre). Louis Foucher remue ciel et terre pour paralyser ce projet. Il écrit aux députés de sa connaissance et notamment à M. Abelin, Secrétaire d'Etat.

M. le Ministre et cher ami, Je ne vois plus votre Grandeur maintenant qu'elle est attachée au char de l'Etat. Je le regrette bien vivement. Mais je viens attirer votre bienveillante attention sur une question qui me touche bien vivement. J'espere que vous voudrez bien empecher que le vieux M. Foucher soit ruiné par votre gouvernement..

Il écrit aussi aux députés de sa connaissance, notamment Frederic Dupont, qui lui écrit fin 48, "je crois que vous pouvez être tranquille à présent" Le projet sera en effet finalement abandonné, essentiellement pour des raisons budgétaires, mais aussi pour éviter une concentration d'étudiants frondeurs à moins d'une heure de marche des ministères... Le projet sera réalisé plus tard, à Nanterre!

Agé de 56 ans, je me souviens de l'usine où j'allais de temps en temps le dimanche avant 1970, des deux gros chiens pas commodes (mon père n'entrait pas s'ils étaient en liberté) et d'une grande allée d'Iris. Nous avons malheureusement peu de photos. Si vous souhaitez partager des souvenirs, manifestez vous uprès de Chocolat Foucher. Nous vous ferons gouter des chocolats!

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