La Banlieue

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La grande léproserie dite de la Banlieue se trouve du 13e au 16e siècle à Arcueil, en bordure de la route d’Orléans. Elle est souvent située au niveau de la Croix d’Arcueil (angle Berthollet / N20), mais son emplacement reste débattu faute de preuve archéologique.

Le terme de Banlieue désigne au Moyen âge le périmètre d’une lieue (3,2 km) entourant une ville et sur lequel s’étend le ban, c'est-à-dire la proclamation de la juridiction. Il indique bien l’inclusion de cette zone dans la cité, et non son exclusion, sens qui n’apparaît qu’au 19e siècle. Quant au mot léproserie, il désigne au 13e siècle un établissement accueillant, plus que les seuls lépreux, tous les malades, et en particulier les croisés souffrant de maux exotiques ramenés du proche Orient. C’est ce qu’on appellera plus tard un hôpital.

C’est donc bien un hôpital, tenu par des frères et intégré au dispositif médical parisien qui est fondé à Arcueil. On le voit souvent qualifié de « maladrerie », référence aux ladres, les lépreux. Mentionné des 1220 sous le nom de Banleuga, c’est l’un des plus importants du diocèse de Paris : il reçoit les patients de seize villages, faubourgs et arrondissements du sud-ouest de la capitale. Son périmètre comprend la vallée de la Bièvre, en bordure ouest de l’actuel Val-de-Marne, mais surtout toute la partie sud des Hauts de Seine (Issy, Vanves, Fontenay aux Roses…). Dans les années suivant sa création, de nombreux actes, émanant souvent de ses patients et conservés dans les archives paroissiales d’Arcueil, témoignent de dons et de legs en faveur de la Banliuve, Banliyue ou même Bannolenca en 1290.

En 1351, le délégué de l’archevêque de Paris en visite consigne que la léproserie comprend une chapelle, des animaux, du matériel agricole et un domaine de 15 arpents de vignes et de 53 arpents de terre labourable, soit au total environ 35 hectares. Elle reçoit une subvention royale en nature et en argent, qu’elle complète par des quêtes dans Paris assorties d’indulgences pour les donateurs. Peu après, en avril 1360, au début de la guerre de Cent ans, des négociations entre Français et Anglais se tiennent dans « une maladrerie appelée la Banlieue, qui est outre la Tombe Issoire » (A l’époque en effet, la route de Paris à Orléans ne passe pas par l’actuelle porte d’Orléans mais par la rue Saint-Jacques et la rue de la Tombe Issoire. Elle ne rejoint l’actuelle nationale 20 qu’au niveau de la Vache noire).

Au 16e siècle, la lèpre disparaissant, la maladrerie est plutôt mentionnée comme une sorte de relais hôtelier sur la route d’Orléans, le premier après la sortie de Paris. Elle est utilisée comme pavillon de chasse par le roi, sans doute pour sa proximité avec les chasses royales, au sud de Montrouge. Elle est finalement rattachée en avril 1561 au domaine de l’hôtel-Dieu qui, précise l’arrêt du Parlement de Paris, « fera détruire la maladrerie et fera place nette en prenant les matériaux ». Il semble donc qu’elle soit partiellement ou entièrement rasée à cette époque.

Que penser, dès lors, de l’idée répandue selon laquelle elle aurait été réhabilitée pour devenir l’auberge attestée à partir du 18e siècle au carrefour de la Croix d’Arcueil, et qui existe toujours sous forme de café-tabac ? D’autant que l’emplacement même de l’hôpital reste, selon le Laboratoire départemental d’archéologie, très incertain.

Un emplacement controversé

Le plan de 1869 ci-contre montre les bâtiments de la ferme concernée, disposés en carré au centre, à l'angle N20/Berthollet.

En 1892, des ouvriers construisant une maison à l’angle de la rue Berthollet et de la nationale 20 remarquent les vestiges d’une très ancienne bâtisse (Fernand Bournon, Etat des communes à la fin du 19e siècle, 1901). Aucune fouille n’est cependant conduite sur le site. C’est à ce même endroit que Louis Veyssière, et derrière lui tous les historiens d’Arcueil, situent la Banlieue. Cette thèse a cependant été remise en cause en 1994 par le Laboratoire départemental d’archéologie.

Tout d’abord parce que cette localisation apparaît assez tardivement dans les sources, sans doute à la faveur d’une confusion avec la ferme qui existait effectivement à cet endroit à la fin du 19e siècle, face à l’auberge. Ensuite, parce que les fouilles conduites en 1994 n’ont livré aucun vestige. Le terrain étudié était celui des actuels bâtiments d’EDF, face à la sortie du parking du centre commercial Forum20 (Cora). Ce site, où se trouvait au début du 20e siècle la brasserie Heimerdinger & Lurck, dite Grande Brasserie d’Arcueil, est en effet tout proche de l’angle concerné. Si la Banlieue était si importante que le suggèrent les textes, assez pour accueillir le roi, il est très probable que son emprise s’étendait sur le terrain EDF. Or le Laboratoire n’y a rien trouvé de plus ancien que les vestiges de la brasserie. Les plans, conclut le diagnostic archéologique de François Duceppe-Lamarre, […] ne révèlent aucun indice de localisation si ce n’est des ensembles bâtis à chacun des carrefours de la RN20 […] La mutation de la maladrerie en auberge ne peut donc être attestée par ces recherches, ni également sa localisation.

Par ailleurs, des fouilles antérieures, effectuées de l’autre côté de la rue lors de la construction du centre commercial Forum20 (Cora), avaient également écarté cet emplacement.

La Banlieue pouvait donc se trouver ailleurs sur le carrefour (peut-être sous la N20, celle-ci s’étant probablement élargie depuis le 16e siècle), ou même ailleurs le long de la N20. La seule certitude étant qu’elle se trouvait à Arcueil ou à Cachan, sur un carrefour de la route de Paris à Orléans. La Vache noire n’était pas vraiment un croisement avant la création de l’avenue Laplace au 19e siècle, mais le Petit Bagneux, de l’autre côté de la N20, ou la Grange Ory, à l’angle de l’avenue Carnot à Cachan, sont des candidats possibles.

C.S.

Sources

Arcueil, rues d’hier et d’Aujourd’hui, R. Touchet
Arcueil et Cachan, L. Veyssière
EDF 28-32 rue Berthollet, diagnostic du Laboratoire Départemental d’Archéologie, François Duceppe-Lamarre, décembre 1994

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