Le collège Albert-le-Grand

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Aujourd’hui Caisse des Dépôts et Consignations, cet ensemble de bâtiments géré au 19ème siècle par les Dominicains se situe rue Berthollet, entre la Poste et la ligne de RER.

C'est en 1863 que le Tiers-Ordre Enseignant de Saint-Dominique charge le père Eugène Captier de fonder un collège dans l’ancienne propriété du chimiste Claude Berthollet, décédé en 1822. Ils construisent autour de la vieille demeure des bâtiments scolaires et baptisent l’ensemble du nom du vieux philosophe Dominicain du 13ème siècle, père de l'alchimie, de la Scholastique et maître de Saint Thomas d’Aquin.

Durant l’invasion prussienne de 1870 et la Commune de Paris, en 1871, une ambulance est installée dans l’école pour soigner les blessés. Un fait divers tragique connu comme « l’affaire des Dominicains d’Arcueil » aboutit au massacre de frères prêcheurs, dont Eugène Captier, par les Communards. Parmi les élèves formés à Albert-le-Grand se trouvent Philippe Pétain, qui y prépare Saint-Cyr entre 1875 et 1877, ou Sacha Guitry, à la fin du siècle.

Le célèbre prieur Henri Didon, nommé proviseur entre 1890 et 1900, marque l'histoire du collège, de la ville et à l'échelle nationale, de la pratique sportive scolaire. Didon installe de nouveaux équipements (un bassin de natation, un manège équestre, de nouveaux terrains) et développe considérablement le collège ; car l'école d'Arcueil est aussi une entreprise commerciale, appartenant à des actionnaires et dirigée par un conseil d'administration. En véritable entrepreneur, Didon investit. Il fait acheter le parc Colbert-Laplace en 1892 pour y créer un second établissement arcueillais. Il obtient et cofinance en 1894 la création sur la ligne de Sceaux d'une halte Laplace, la première gare d'Arcueil, à l'entrée nord du parc. En 1895, il crée à Paris l'externat Saint-Dominique qui, s'ajoutant à l'école parisienne Lacordaire préexistante, porte à quatre le nombre d'écoles du groupe.

Les écoles Albert-le-grand / Laplace dispensent alors un enseignement martial où le sport, très en vogue en cette fin de siècle, occupe une place prépondérante (Lire plus bas La gymnastique à la Belle époque par Alain Morinais). Les premiers jeux réunissant laïques et religieux y sont organisés. Le baron Pierre de Coubertin, ami de Didon, reprendra la devise citius, altius, fortius inscrite en latin sur les fanions du club sportif de l’établissement pour en faire celle des jeux olympiques : « plus vite, plus haut, plus fort ».

Au tournant du siècle, les quatre établissements du groupe (Albert-le-Grand et Laplace à Arcueil, Lacordaire et Saint-Dominique à Paris) couvrent différents niveaux et préparent les élèves aux grandes carrières publiques. Le collège Albert-le-Grand accueille des pensionnaires qui préparent les grandes écoles (Certains ont échoué aux concours d'entrée de Polytechnique, Centrale ou Saint-Cyr, se sont inscrits en novembre et effectuent à Arcueil une nouvelle année de préparation avant de se présenter à nouveau).

La série de lois de 1901-1905, qui instituent la liberté d'association sous conditions de laïcité, aboutissent à l'interdiction de l’enseignement aux ordres religieux. L’établissement ferme définitivement en 1908. Le collège est acquis par la Caisse des Dépôts et Consignations, qui l’occupe toujours.

Eugène Captier et la fondation du collège dominicain

Aboli sous la Révolution, l’ordre dominicain disparaît de France jusqu’à son rétablissement par le père Lacordaire au milieu du 19e siècle. Henri Lacordaire est un moine, mais aussi un républicain convaincu, qui s’oppose à la Monarchie de Juillet. Il est élu lors de la révolution de 1848 sur une liste républicaine, siège au sein de ce qu’on appelle alors l’extrême gauche. Il démissionne rapidement mais demeure un ennemi farouche du second Empire et de Napoléon III. Il consacre l’essentiel de sa vie au rétablissement de prieurés dominicains de la « province » de France. Il accepte en 1852 la direction d’un établissement scolaire : le collège Saint-Thomas d’Aquin, à Oullins, près de Lyon.

Très vite, Lacordaire y réunit une équipe soudée, principalement formée d’anciens élèves partageant ses vues pédagogiques, beaucoup plus modernes et libérales que celles des Jésuites. Ce sera le « tiers-ordre enseignant » de Saint-Dominique. C’est dans ce même courant de pensée à la fois religieux, progressiste et républicain que se situera plus tard Henri Didon, autre prieur dominicain bien connu à Arcueil, notamment pour son influence lors de la création des jeux Olympiques.

Le père Eugène Captier, né en 1829 à Tarare, est issu de ce noyau de fidèles de Lacordaire. Il s’implique dès 1853 dans l’administration de Saint-Thomas-d’Aquin, où il a étudié, puis en 1856 dans celle du collège dominicain de Sorèze dans le Tarn. En 1857, revenu à Oullins, il prend la direction de Saint-Thomas-d’Aquin, charge qu’il occupe jusqu’en 1863.

Car cette année-là, deux ans après la mort de Lacordaire, le tiers-ordre enseignant a décidé de fonder un grand collège en région parisienne. Pour les frères prêcheurs, qui ont fourni dès le 13e siècle tant de professeurs à la Sorbonne, et qui entendent redevenir le grand ordre enseignant, l’enjeu est considérable. Aussi consacre-t-on à ce projet d’importants moyens. C’est le site de l’ancienne propriété Berthollet, à Arcueil, qui est choisi. Et l’établissement que l’on installe à l’angle de la rue du même nom et de la ligne de Sceaux, construite 17 ans plus tôt, portera le nom de l’illustre maître de Thomas d’Aquin : Albert-le-Grand.

Informés du projet, les ministères de l’Instruction Publique, des Cultes et de l’Intérieur de Napoléon III tentent aussitôt de l’interdire, l’ordre dominicain n’ayant à leurs yeux aucune existence juridique. Une injonction de fermeture du collège et de dissolution de la communauté d’Arcueil est transmise le 16 novembre 63. Le père Captier et le tiers-ordre prennent acte et créent un collège privé séculier, dirigé par un conseil d’administration. Ce choix est d’ailleurs conforme à la volonté de Lacordaire, promoteur d’équipes pédagogiques mixtes, réunissant professeurs religieux et laïcs, ainsi que de cursus reconnus par l’Etat menant aux grandes carrières publiques.

Durant les premières années, les désaccords restent vifs entre Captier et les pouvoirs publics. Pour autant, ils ne sont pas assimilables à ceux qui opposeront plus tard l’école publique laïque à l’école privée religieuse. Car Captier et son équipe sont républicains, ce qui n’est pas encore le cas de l’enseignement d’Etat, celui du second empire, qu’ils voient comme de la propagande napoléonienne.

Captier développe le collège. Il fait venir d’autres enseignants d’Oullins, parmi lesquels les pères Delhorme et Hyacinthe. Il crée des classes secondaires et des classes préparatoires à Saint-Cyr, Polytechnique, Navale. L’enseignement dispensé à Albert-le-Grand se donne pour objectifs la discipline, les résultats, la piété, la pratique des arts et –déjà– des sports. Plus ouvert que l’enseignement jésuite, il favorise dans une certaine mesure le développement intellectuel personnel, s’inscrivant en cela dans la filiation de Lacordaire, de Thomas d’Aquin et d'Albert-le-grand de Bollstädt. En juillet 1870, le collège compte 273 élèves.

Surviennent les événements de 1871. La guerre franco-prussienne, puis à partir de mars le soulèvement de la Commune, qui entraîne l’affaire dite des dominicains d’Arcueil (Voir plus bas). « Pour le bon Dieu ! » aurait proclamé Eugène Captier avant d’être abattu.


"Le monument du Père Captier, inauguré le 3 juillet au couvent des dominicains"

La Commune terminée, des obsèques officielles ont lieu en juillet dans la cour du collège, le long de la rue Berthollet, en présence de nombreuses personnalités religieuses dont l’abbé Captier, frère du défunt.

C’est le père Jourdin, également un ancien d’Oullins, qui prend sa succession à la tête du collège. Il sera remplacé en 1890 par Henri Didon.

CS.

 

L’affaire des Dominicains d’Arcueil

Les Prussiens capturent Napoléon III à Sedan début septembre 1870. Ils assiègent ensuite Paris, qui capitule en janvier. Mais le peuple parisien, ainsi que les 350.000 hommes de la Garde Nationale qui se trouvent encore dans la capitale, refusent la paix jugée humiliante que les parlementaires français viennent de ratifier. Des insurrections débutent dans le 13ème arrondissement, puis sur la butte Montmartre. Les rebelles s’organisent en associations, des « clubs » qui se fédèrent et défendent Paris contre le gouvernement des « Versaillais ». C’est le soulèvement de la Commune de Paris, qui dure jusqu’en mai 1871.

Arcueil-Cachan, que défendent les Fédérés, se trouve sur la ligne de front : les Versaillais sont à Bagneux, à Châtillon et à l’Hay-les-Roses. Des combats très violents ont lieu autour du moulin de Cachan.

Les relations sont tendues entre les dominicains du collège Albert-le-Grand dirigé par Eugène Captier et les troupes Fédérées, qui tiennent les forts de Montrouge et de Bicêtre. Le collège, converti en ambulance depuis le début du siège prussien, est une zone relativement neutre protégée par une « croix de Genève ». Les pères Dominicains s’opposent régulièrement à Sérizier, l'officier communard qui commande le secteur depuis son quartier général installé dans le château Laplace, mitoyen. En avril, les religieux refusent l’installation d’une pièce d’artillerie dans leur jardin. Des fouilles et des réquisitions sont parfois menées dans les bâtiments du collège.

Le prieur Eugène Captier a-t-il effectivement pris parti pour les Versaillais et contre les insurgés qui occupaient Arcueil ? A-t-il comme on l’a dit mis le feu au château Laplace mitoyen, quartier général des fédérés ? Ou cette affaire n’est-elle qu’une exaction gratuite de Communards anticléricaux ? Nous l’ignorons bien sûr, mais suite à l'incendie survenu sur le toit du château Laplace le 17 mai 1871, les pères Captier, Delhorme, ainsi que d’autres professeurs sont accusés par les fédérés de trahison et arrêtés le 19. Après avoir envoyé les sœurs et les femmes de ménage du collège à la Conciergerie, les Fédérés conduisent au fort de Bicêtre un groupe de 26 prisonniers, comprenant les pères Dominicains, du personnel et de jeunes élèves du collège.

Versailles avance et la « semaine sanglante » débute le 20 mai. Le 25 mai, les Communards de Bicêtre se replient vers Paris en emmenant leurs prisonniers. Au terme d’une longue marche vers le XIIIème arrondissement, ils sont brièvement incarcérés. L’un des Dominicains, le père Rousselin, parvient à s’enfuir en se déguisant ; il subira durant des années les reproches et les moqueries des élèves du collège. Les autres quittent leur geôle à la fin de cette journée du 25, alors que Fédérés et Versaillais se battent autour de la Butte aux Cailles.

Les pères, des professeurs et des domestiques du collège sont tués par balle, en pleine rue, vers 16h. Une controverse existe toujours sur les circonstances précises de ce massacre.

Note : des divergences d’appréciation demeurent au sujet de la Commune et de cette affaire en particulier. Le fait qu’elle ait surtout été relatée par des auteurs hostiles à la Commune –et notamment la véritable campagne de communication orchestrée par l’église autour de ce drame des dominicains d'Arcueil dans les années suivantes, sur fond de débat sur la laïcité– ne nous permet pas d’en avoir une vision impartiale et nous incite à la prudence. L’église a évoqué à l’époque une exécution de sang froid, planifiée par l'officier communard Sérizier, selon elle un anticlérical extrémiste. Des historiens plus proches de la Commune évoquent plutôt un dommage collatéral, des coups de feu survenus dans la confusion de la bataille sans qu’aucun ordre n’ait été donné, et qui auraient été stoppés par les officiers.

Les corps de Captier et des autres professeurs sont transférés et inhumés sous une rotonde au coin sud-ouest du parc du collège, près du pont Berthollet, le 3 juillet. Lors de la vente du terrain à la Caisse des Dépôts et Consignations, d'anciens élèves rachètent la parcelle où se trouvent les tombes, qui forment alors un petit enclos séparé. Les sépultures seront déplacées en 1938 au cimetière de Cachan pour permettre l’élargissement de la rue Berthollet.

CS.

 

La gymnastique à la Belle époque

par Alain Morinais* et Thierry Sabot

Obligatoire depuis 1880 dans tous les établissements scolaires, la pratique de la gymnastique, vers 1900, cesse d’être jugée comme une discipline inutile, inconvenante voire dangereuse. Les sociétés de gymnastiques spécialisées se comptent alors par centaines à travers le pays. Pour les républicains, la gymastique est le creuset de la cohésion sociale et de la grandeur nationale mais aussi un instrument de la moralisation de la classe ouvrière. Pour les militaires, dans l’optique de l’idéologie de la Revanche, elle est perçue comme un excellent outil de pénétration de la société civile. Enfin pour les catholiques elle est surtout un moyen de reprendre le contrôle sur une jeunesse qui lui échappe.


Ecole d’Arcueil - Gymnastique sur la piste
On peut lire, imprimé, au dos de la carte postale : Ecole Albert-le-Grand Vie de plein air Grand parc à la disposition des élèves. Prix modérés : de 1 200 à 1 500 francs par an (à 15 minutes de Paris). Préparation à tous les Baccalauréats, aux Écoles de Commerces, d’Agriculture et des Arts-et-Métiers. Carte postale datée de 1904
 

Vous remarquerez, au second plan, les élèves et les instructeurs au garde-à-vous !
Salut militaire de rigueur.

C’est dans cette école d’Arcueil, fondée par les Dominicains en 1863 et dirigée par le Père Didon de 1890 à 1900, que ce dernier, en 1891, dans le cadre d’une rencontre scolaire sportive, dispensa à ses élèves la parole suivante : Citius, Fortius, Altius (plus vite, plus fort, plus haut), qui deviendra en 1894 la devise olympique Citius, Altius, Fortius.

En 1896, le père Didon accompagna d’ailleurs un groupe de ses élèves aux premiers Jeux Olympiques des temps modernes. Selon lui, les effets des exercices physiques avaient de l’emprise sur le caractère et la moralité des élèves et la poursuite des records était la condition du progrès humain.

A noter que, jusqu’à la Première Guerre mondiale, la pratique des exercices physiques reste fortement déconseillée aux femmes au nom de la décence.

Source : Ronald Hubscher, in L’Histoire, numéro 209, avril 1997, pages 66-71 Athlètes et gymnastes de la Belle Epoque

*Ecrivain et passionné d'histoire, Alain Morinais est l'auteur du livre Laboureurs d'espoir, à paraître chez Cheminements éditions en septembre / octobre 2008.

Le prieur Henri Didon

Né en 1840, Henri Didon rentre à 9 ans au petit séminaire de Rondeau, à Grenoble. Il y découvre une pratique en vigueur dans l’établissement depuis 1832 : celle de « jeux olympiques » qui se tiennent un an sur quatre, l’année bissextile. Sportif, il remporte plusieurs épreuves en 1855, mais s'illustre surtout dans les disciplines littéraires.

En 1856, il prononce ses vœux et rejoint l’ordre Dominicain, que le père Lacordaire a rétabli en France depuis 1850. Il se forme à Rome, devient docteur en théologie, puis prêtre à Aix en 1862 et aumônier durant la guerre de 1870. Il bénéficie à la fin de la décennie du soutien personnel du pape Léon XIII. Mais cet appui n'est pas suffisant : la grande liberté de parole dont il fait preuve lors de ses prêches à Marseille ou à Paris lui valent, en 1880, un exil forcé de deux ans en Corse.

En 1889, Henri Didon réside à Albert-le-Grand, à Arcueil, où il achève l’écriture de sa Vie de Jésus Christ. Il est sollicité dans le courant de l’été par les pères du collège, qui l’élisent proviseur. Ce choix est, dans un premier temps, contesté par la hiérarchie de l’ordre, officiellement pour lui permettre de terminer son livre. En réalité, le Maître Général de l'ordre, l'espagnol José Maria Larroca, proche des ultras catholiques, se méfie de son indépendance d'esprit en plein débat sur la laïcité. Les pères d’Albert-le-Grand insistent et forment un provisoire. L’ordre cède. En avril 1890, Didon prend officiellement ses nouvelles fonctions.

Il amorce aussitôt d’importants travaux. Il investit d’une part dans des voyages scolaires (il emmène à Rome, puis en Europe du sud-est, Bulgarie, Serbie, Turquie, Grèce, des groupes de jeunes étudiants) et d’autre part dans le développement du collège. Il s’implique dans le mouvement sportif et organise à Albert-le-Grand des jeux sembables à ceux qu’il avait connus au petit séminaire de Rondeau.

C’est dans ce contexte qu’il reçoit le baron Pierre de Coubertin, de 23 ans son cadet, plutôt impressionné par ce moine de cinquante ans aux réparties cinglantes. Leur première entrevue a lieu en janvier 1891. Pierre de Coubertin, qui ne parvient pas à organiser des rencontres sportives entre les établissements religieux et laïques, sollicite l’aide du célèbre prieur d’Arcueil. Didon relève le défi, créée immédiatement une association à Arcueil et organise le 7 mars suivant une compétition athlétique fraternelle réunissant les élèves d’écoles laïques et religieuses. Coubertin y assiste comme secrétaire et entend le prieur prononcer les mots « Citius, altius, fortius » (plus vite, plus haut, plus fort). Ils seront bientôt brodés sur les fanions de l’équipe sportive d’Arcueil et deviendront, cinq ans plus tard, à Athènes, la devise officielle des Jeux Olympiques.

Les deux hommes s’apprécient. Issu d’un milieu très conservateur avec lequel il est en rupture, le baron partage l’essentiel des convictions du père. Ensemble, ils croient à la jeunesse, à l’éducation, au sport. En 1896, Didon conduit une caravane de jeunes vers Athènes, où il célèbre devant 4000 personnes la messe en prélude aux premières épreuves olympiques de l’ère moderne.

Entretemps, il poursuit à Arcueil le développement d’un enseignement rigoureux, voire martial, où le sport occupe une place prépondérante ; il est convaincu que les élites intellectuelles et sociales qu'il forme doivent aussi être des élites sportives. En cette fin de 19e siècle, Albert-le-Grand compte parmi ses élèves le turbulent Sacha Guitry, qui s’oppose souvent à l’autorité du prieur et subit diverses punitions ; ils en auraient conservé, d’après le dramaturge, une forme de respect mutuel amical.


Exercice physique dans le parc du collège

Républicain et démocrate, Didon tient durant l'affaire Dreyfus des propos antiracistes forts courageux pour son époque, et surtout pour son milieu, devant un parterre de parents d'élèves consternés. Ouvert sur son temps, il fréquente Pasteur, Flaubert, Maupassant ou l’explorateur anglais Stanley. Mais il demeure néanmoins un vrai ecclésiastique du 19e siècle ; il est très opposé à la séparation de l'église et de l'Etat, non parce qu'il redoute la régression de la foi, mais parce qu'il est convaincu que la nation s'effondrera sans le soutien de l'église. Il consacre par ailleurs une certaine énergie, dans ses correspondances privées, à se moquer de la médiocrité intellectuelle des athées.

Le prieur, qui tente de marier enseignement religieux et techniques pédagogiques modernes, s’implique à partir de 1898 dans le débat très rude qui agite alors la France au sujet de la laïcité, et qui conduira, en 1905, à l’interdiction des écoles administrées par les ordres. Sa réputation et sa position modérée lui permettent de participer à des médiations qui provoquent parfois les foudres des religieux les plus conservateurs, et en particulier des Jésuites.

Henri Didon meurt subitement à Toulouse en 1900, alors qu’il se rendait à Rome avec un message de Waldeck-Rousseau (Président du Conseil, ministre de l’Intérieur et des Cultes), dans un contexte de négociations difficiles entre le pape et l’Etat français.

Le collège ne lui survit que quelques années.

CS.

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