La villa Mélanie

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Une petite centaine de baraques insalubres étaient installées entre l'avenue Jaurès et le Chaperon Vert jusqu'au milieu des années 50.

La villa Mélanie, c’était une petite centaine de baraques insalubres de bois et de matériaux de récupération, situées autour de l’actuelle Cinquième rue du Chaperon Vert et auxquelles on accédait depuis l’avenue Jaurès. Elle semble dater du début du 20e siècle : encore absente d’un plan de 1904, elle figure sur ceux de 1930 et sur les suivants. Madeleine Leveau-Fernandez* cite le cas d’une habitante arrivée à la villa en 1914.

Des rats infestent les ruelles, il n’y a ni égout, ni électricité ni eau courante : le seul point d’eau potable est la fontaine du 79 avenue Jean Jaurès, qui gèle parfois en hiver. Les baraques sont chauffées au bois ou au charbon.

En 1933, suite à un incendie, le futur maire Marius Sidobre défile au côté d’une centaine d’habitants pour dénoncer les conditions de vie dans la villa. Des plaintes pour insalubrité sont fréquemment déposées : neuf en 1939, vingt en 1947. Deux arrêtés de péril sont pris en 47 et 48. Au début des années 50, ce sont environ 80 familles ouvrières qui habitent la villa.

René Bouchaïb, ancien conseiller municipal, a raconté ses souvenirs de la villa dans un entretien accordé au magazine Arcueil Notre Cité de janvier 2009 : « La population était très cosmopolite, avec des immigrés italiens, espagnols, portugais, arméniens, russes, polonais ou tchèques. Certaines familles françaises partageaient cette misère. La vie était très dure pour tout le monde. Il y avait une amitié et une solidarité formidable. Grâce à ça, les cabanes qui avaient brûlé étaient reconstruites en quelques jours. […] Le docteur Conso, c’était le toubib de la villa. Quand il venait en mot pour une consultation, c’était toute la famille qu’il auscultait. Et souvent pour un prix dérisoire. Comme il travaillait en non stop, il n’hésitait pas à manger la soupe dans une famille avant d’aller en soigner une autre ».

Dans les années 50 apparaissent, à Arcueil et dans toute l’Ile-de-France, de grands ensembles HLM destinés à répondre au mal-logement de masse et à résorber les bidonvilles. A la fin des années 40, la mairie d’Arcueil avait fondé avec celle de Gentilly un Office Public Intercommunal HLM. Et le premier projet de l’OPIHLM vise précisément à fournir des conditions de vie décentes aux habitants de la villa Mélanie et de l’îlot insalubre Charles Calmus de Gentilly. Leur relogement se fera dans une grande cité qui sera bâtie tout près de la villa, au lieu-dit du Chaperon Vert.

Mais une bataille administrative s’engage alors entre, d'un côté, les deux mairies associées dans l’opération, et de l'autre la préfecture de la Seine, qui a d’autres projets pour le Chaperon Vert : extension au sud de la cité Universitaire, centre hospitalier, autoroute A6. La construction des HLM prend du retard. Les élus locaux protestent. Et c’est finalement la deuxième opération de l’OPIHLM, la cité Paul Vaillant-Couturier, dont le chantier a avancé normalement, qui est livrée en premier. C’est donc là que 80 appartements sont réservés en 1955 au relogement des habitants de la villa Mélanie.

Elle est aussitôt rasée pour permettre la construction de la cité du Chaperon Vert.

CS

Remerciements à Françoise Maillard et au service des Archives municipales d'Arcueil pour leur aide précieuse.

* sources :
OPIHLM d’Arcueil-Gentilly, 50 ans d’engagement – Madeleine Leveau-Fernandez
Arcueil notre cité, janvier 2009
Photographies des Archives municipales d'Arcueil

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