Emile Raspail & « Anis Gras »

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Emile Raspail est né le 7 mai 1831 à Paris. Ingénieur des Arts et Manufactures, il appartient à une famille illustre. Son père François-Vincent Raspail, qui a laissé son nom au boulevard parisien, est au milieu du 19e siècle un Républicain célèbre ; député, il est notamment le candidat socialiste lors de la présidentielle de 1848, qu’il perd très largement contre Louis Napoléon Bonaparte. Benjamin, le frère d’Emile, est également élu député à plusieurs reprises et vit à partir de 1863 à Cachan, dans la grande demeure située à l’intérieur du parc, près de la mairie. Le leg considérable qu’il fera au département de la Seine permettra la création du parc et d'un hospice.

Emile, pour sa part, est avant tout un homme d’affaire. Il fonde à Arcueil la distillerie bien connue sous le nom d’Anis Gras. Conseiller municipal à partir de 1870, il est élu maire en 1878 et le demeure jusqu’à sa mort, en 1887. Son mandat marque profondément la ville, en particulier par l’importance de ses réalisations, qu’Emile finance parfois sur ses fonds personnels.

La mandature Raspail

En neuf ans, Raspail fait installer un marché à côté de l’Eglise (place de la République, sur l’emplacement du cimetière primitif d’Arcueil), crée des égouts, un nouveau cimetière rue du Moulin de la Roche (le cimetière que nous appelons aujourd’hui « ancien », rue de la division Leclerc), fait remblayer un bras mort de la Bièvre situé près de la rue de Lardenay. Il finance lui-même pour 20 000 francs un « asile laïque du premier âge » situé à l’emplacement actuel de la cité HLM Raspail. Il s’agit bien de la première crèche d’Arcueil, à deux pas de l'actuelle crèche Berthollet, mais Emile Raspail refuse ce terme auquel il trouve une connotation religieuse trop prononcée. En 1880, il fait installer le bureau de Poste décentralisé et la Caisse d’Epargne au 19, Grande rue, dans le bâtiment où se trouve déjà depuis 1875 le télégraphe).

Il n’oublie pas le domaine scolaire ; il construit des écoles maternelles, fait agrandir des écoles élémentaires, installe un musée dans une partie de l’école Laplace (largement désaffectée depuis que le quartier d’Arcueil situé de l’autre côté de la N20 a été transféré à Montrouge en 1875), instaure l’école à mi-temps pour les travailleurs mineurs.

En 1886 est inaugurée près de l’Eglise la plus connue de ses réalisations ; la nouvelle mairie dessinée en 1883 par l’architecte Ulysse Gravigny.

Au total, les changements qu’Emile Raspail apporte à la ville, auxquels on peut ajouter ceux liés à l’activité de sa distillerie, sont considérables pour l’époque.

En 1888, un an après sa mort, la Grande rue d’Arcueil est débaptisée pour porter son nom.

La maison Raspail

Le quartier Laplace n’existe pas encore au milieu du 19e siècle, hormis une carrière près de la gare RER et l’auberge de la Vache noire, de l’autre côté de la N20. A mi-chemin entre les deux, Emile Raspail acquiert une vaste parcelle en plein champs, qui existe déjà sur le cadastre de 1812. Elle se trouve à proximité des lieux dits le Fond du Val et les Baguettes, à l’angle de l’avenue Laplace, qui vient d’être ouverte en reprenant en partie l’ancienne voie des Vallées, et du très ancien chemin des Prêtres, aujourd’hui avenue du docteur Durand.

Il y construit en 1857 une belle demeure de style second empire, comprenant deux étages carrés, un perron, une marquise, une véranda et de très belles caves. Sur l’aile qui deviendra bibliothèque en 1881, on peut lire In patria carcer, laurus in exilio, « Dans la patrie la prison, les lauriers dans l’exil », référence aux années que le père d’Emile, François-Vincent, passe en exil en Belgique. C’est d’ailleurs dans cette maison que F.V. Raspail décède en 1878, l’année où son fils Emile est élu maire.

Plus étendu que le jardin actuel, le parc de la demeure englobe alors les rues Richaud, Massenet et s’étend jusqu’à la limite des rues De Gaulle et Pierre Curie. Les anciens plans (Ici l'Etat des communes à la fin du XIXe siècle, 1901) y montrent des parterres, des allées.

Inscrite à l’inventaire des Monuments historiques, la bâtisse appartient aujourd’hui au plasticien Antonio Segui.

Anis Gras

Dans les années 1840, F-V Raspail, biologiste et « médecin des pauvres », avait élaboré une liqueur curative à base de camphre. Son fils Emile va fonder en 1858 une société pour exploiter cette « liqueur digestive ». L’usine originelle se trouve à Paris, rue tu Temple. Mais Emile la transfère à Arcueil, à côté de sa nouvelle maison, et l’établissement parisien ne subsiste que comme un bureau de vente auquel est adjoint une librairie. L’usine d’Arcueil occupe au départ 1920 m². S’y ajoutent les locaux situés de l’autre côté de la rue (angle Laplace / Lénine) autour d’une cour triangulaire. Il est possible que ces bâtiments aient été conçus par Ulysse Gravigny, l’architecte qui dessinera en 1883 les plans de la mairie (aujourd’hui centre culturel Erik Satie). La date exacte de construction de l’usine est débattue, mais le pavillon d’entrée et l’orangerie seraient d’une vingtaine d’années plus anciens que le reste.


Gravure de la fin du 19e siècle

On lit parfois que la fabrique de capsules Ste Marie Dupré Frères, dite usine Sainte-Marie, installée dans l’ancien moulin de la Roche proche de Gentilly, aurait été achetée par Raspail pour boucher ses liqueurs ; ce fait reste à confirmer.

En 1878, la vinaigrerie Agobet & cie s’installe entre la fabrique Raspail et la Vache noire, à l’emplacement qu’a occupé ensuite la cité HLM de la Vache noire, et sur lequel une opération de réaménagement urbain est aujourd’hui (2010) en cours.

A la mort d’Emile, en 1887, la famille Raspail poursuit l’activité. L’état des communes à la fin du XIXe siècle (Fernand Bournon) relate qu’au début du 20e siècle, la fabrique emploie 60 ouvriers sur 4000 m².

Au milieu du 20e siècle, les établissements Evren Lucas Bols acquièrent les locaux où ils continuent à produire des liqueurs « hygiéniques ». En 1963, ce sont les frères Gras qui s’y installent et commercialisent l’anisette connue sous le nom d’Anis Gras.

La mairie rachète les bâtiments en 1981, alors que la production d’Anis Gras a cessé. Restaurée, la friche industrielle est depuis 2005 le « lieu de l’autre », un espace culturel ouvert au public et géré par une association.

C.S.

Sources :
Arcueil notre cité, juin 2008, dossier de Philippe Lorette et Christian Gaguèche
Arcueil, rues d’hier et d’aujourd’hui, Robert Touchet

 

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